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Qu’attendons-nous pour restaurer le Service national ?



Publié par Pierre-Marie Meunier le 18 Novembre 2015

Avec l’assaut de Saint-Denis ce 18 novembre se tourne peut-être au moins partiellement la page la plus sanglante des attentats du 13 novembre. Vient désormais le temps des enquêtes approfondies et des considérations politiques, avec une question lancinante : que faire pour éviter un nouveau "13 novembre" ?



Nous sommes en guerre, le Président de la République nous l’a répété à l’envi depuis le 13 novembre. Certains en doutent, plus nombreux encore sont ceux à qui le mot fait peur. Il serait injuste de donner tort à ces derniers. Mais concernant les premiers, si nous ne sommes pas en guerre, nous faisons néanmoins face à un ennemi qui, lui, nous a désignés comme l’ennemi à abattre, par tous les moyens à sa disposition. La guerre ne nécessite pas de consentement mutuel, il suffit qu’un seul des camps la décide pour qu’elle soit effective. Ce n’est pas parce que nous nions être en guerre que nous allons troubler nos ennemis dans leurs desseins : aucune des trop nombreuses victimes du 13 novembre, morts et blessés, n’était directement en guerre contre Daesh. Elles sont pourtant les victimes d’une guerre qui n’en est pas à ses premières sur le sol français, et à laquelle nous refusions pour l’instant de donner un nom.

Après ce nouvel épisode de barbarie, dont la récurrence survient à intervalles de plus en plus rapprochés sur notre territoire, vient le temps du deuil, pendant lequel nous allons continuer de pleurer et d’honorer nos morts. Puis viendra un temps qui connaît déjà ses premiers développements : celui des résolutions politiques, des mesures législatives et des frappes militaires de rétorsion. Quoi que l’on puisse penser du bilan global de notre gouvernement actuel, il peut tout de même lui être rendu justice sur sa façon de répondre aux événements. Nous pourrions simplement regretter que cette fermeté tant attendue de la part de l’Etat ne soit que le résultat de circonstances que nous connaissons. Mais en ces temps tragiques, l’Union de tous les Français derrière notre gouvernement est une impérieuse nécessité. Nos éventuelles divisions ne feraient que trop plaisir à nos ennemis, espérant avant toute chose nous voir nous déchirer. Des barbares ont attaqué tout ce qui fait la France : sa jeunesse, son art de vivre et sa capitale. Répondons-leur par l’Unité, le courage, et par tous les moyens militaires et sécuritaires que nous permet notre Etat de droit.

Puis, dans les mois qui viennent, une fois passées les fêtes de Noël, une fois atténués les souvenirs des traces de sang dans nos rues, la vie va reprendre son cours. C’est heureux en un sens parce que cela témoignera, une fois encore, de la résilience française et de l’échec de nos ennemis à influer sur nos vies et nos modes de vies. Les mesures d’urgence prises ces jours-ci seront allégées, levées ou supprimées. Nos forces de sécurité continueront discrètement pendant ce temps de démasquer d’apprentis djihadistes et de neutraliser de vrais terroristes. Jusqu’à ce qu’à nouveau, les plus intelligents, les plus aguerris ou les plus motivés du lot réussissent à passer sous les écrans radar et frappent une nouvelle fois. Peut-être plus violemment encore, tant le terrorisme se nourrit de la surenchère permanente. D’autres victimes seront à déplorer, et nous nous retournons alors à juste titre vers les décideurs d’aujourd’hui pour nous demander si, maintenant, nous en avons fait assez. Or, si les mesures prises traitent avec efficacité le symptôme, elles ne traitent pas la maladie du fanatisme et de l’intégrisme qui se répand en France. Dans ces quartiers perdus de la République, toute une jeunesse en déshérence ne retrouve du sens que dans l’Islam le plus radical. 

Cette situation dans certaines de nos banlieues est le résultat d’un très long et complexe processus d’abandon, de misère sociale et intellectuelle et de la mainmise d’individus peu recommandables sur une jeunesse en manque total de repères. Le résultat n’est ni plus ni moins que la génération spontanée « d’ennemis intérieurs », ayant développé une telle haine pour le pays qui les a vu naître qu’ils sont prêts à mourir en le combattant, et en emportant avec eux le maximum d’innocents. Les racines d’une telle haine sont profondes, et il ne sera pas évident d’apporter une réponse simple. Les solutions passeront par la case judiciaire et sécuritaire pour la reconquête de ces territoires « hors-France » ; les réponses passeront aussi par des investissements sociaux, culturels et économiques considérables, et l’abandon de certaines politiques ayant fait la preuve de leur dangerosité, notamment dans l’Education nationale.

Mais parmi toutes les réponses possibles et souhaitables, il en est une que nous connaissons et que nous avons déjà testé avec un certain succès : le service national obligatoire, officiellement suspendu, et non supprimé, depuis le premier septennat de Jacques Chirac. Des ersatz de cette solution sont déjà sur le métier législatif, comme la création d’une garde nationale à la française, ou la mobilisation accrue des réservistes. Mais faisant appel essentiellement aux volontaires, ces solutions n’auront jamais le caractère universel et obligatoire du service national, sur lequel reposa pendant des années une partie de la machine d’intégration française. En étendant le service national par exemple à des institutions comme la Police et la Gendarmerie, nous pourrions redonner un peu de sens à une jeunesse très demandeuse en la matière.

Il va de soi que cette mesure demande un certain courage politique. Elle imposerait aussi une nouvelle réforme aux armées, qui se remettent péniblement des précédentes. Des moyens considérables devront être récupérés par les armées pour héberger et encadrer les nouveaux conscrits. Et il n’est pas dit que le Police et la Gendarmerie aient simplement la possibilité d’en faire autant. Il est aussi probable que cette même jeunesse sera opposée à cette nouvelle contrainte, contraire à ses aspirations de liberté. Les détracteurs d’une telle mesure expliqueront en outre que cela présenterait le risque de former aux rudiments militaires et à la manipulation des armes des personnes susceptibles de s’en servir contre nous. C’est exact, mais les actuels terroristes n’ont pas eu besoin de nous pour cela. Il serait aussi potentiellement trop tard pour certains conscrits qui de toute façon ne se présenteront vraisemblablement jamais aux convocations. Mais peut-être cela pourrait-il servir de signal d’alarme pour certains services. Le service national permettrait peut-être ainsi de détecter ces profils dangereux en amont, ce qui supposerait aussi de renforcer la Direction de protection et de sécurité de la Défense (DPSD).

Mais ce service national élargi aurait aussi pour but de s’adresser à ceux, bien plus nombreux, qui hésitent, et à qui il suffirait de montrer et de prouver que la haine n’est pas le seul choix "raisonnable". Il s'agirait de prouver à ceux qui en doutent, que, non, l'intégration n'est pas un vain mot, et que la France est un pays que l'on peut aimer. Pour la jeunesse «  normale » de France, gageons que le service national pourrait être une expérience enrichissante, qui aurait le mérite de resserrer les liens entre la Nation, son Armée et ses services de sécurité. Puisqu’il faut nous habituer à vivre avec la menace terroriste, selon les mots de notre Premier ministre, alors commençons par impliquer les Français dans la Défense.

La société française traverse une crise des valeurs sans précédent, trouvant ses racines dans la sécularisation, l’individualisme et le consumérisme, sans but ni sens. Les idéologies les plus barbares sont venues occuper naturellement le vide laissé par notre démission sur le terrain des valeurs. Or l’Armée et, à ses côtés, la Gendarmerie et la Police sont encore des institutions qui véhiculent des valeurs : effort, discipline, fidélité, loyauté, respect de l’autorité, patriotisme… Il ne s’agit pas de « militariser » la société française, mais d’assumer d’une part l’héritage républicain de la conscription et d’autre part de confronter une partie de sa jeunesse aux valeurs que portent encore certaines institutions de la République. Parce qu’à défaut de comparaison, ou de la simple connaissance d’une autre voie possible, certains seront toujours tentés par le pire.