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Les radars d’alerte avancée chinois



Publié par La Rédaction le 23 Janvier 2013

Une certaine presse s’est fait l’écho d’inquiétudes au sujet du développement rapide des capacités chinoises en matière d’alerte aérienne avancé et de moyens C4ISR embarqués sur plateformes aériennes. De manière assez alarmiste, cette même presse prête aux radars aéroportés chinois la capacité de détecter F-22 ou F-35 américains.



Un KJ-2000 sur plateforme d'IL-76 photographié en 2008 dans la livrée caractéristique des prototypes chinois (source : Wikimedia commons.org)
Un KJ-2000 sur plateforme d'IL-76 photographié en 2008 dans la livrée caractéristique des prototypes chinois (source : Wikimedia commons.org)
Le F-22, en tant que chasseur furtif de cinquième génération, est précisément conçu pour s’infiltrer à travers la couverture radar ennemi et détruire les cibles de haute valeur et multiplicateur de forces que sont les systèmes de type AWACS. On comprend les inquiétudes chinoises au sujet d’une telle menace, et il est possible de passer outre la furitivté d'un appareil : tout est affaire de puissance de l’émetteur radar, de distance de la cible et de gamme de fréquence utilisée. Un avion furtif n’est pas furtif sur l’intégralité du spectre électromagnétique : d’une part il est visible à l’œil nu (c’est vraisemblablement pour cette raison que les Américains ont perdu un F-117 dans les Balkans), il émet des rayonnements infrarouges (chaleur des réacteurs) et il peut être détecté par certaines fréquences radar (il y a quelques années a été soulevée l’hypothèse que le même F-117 puisse être détecté par des radars de longueur d’onde millimétriques, soit de 30 à 300 GHz, par réflexion sur les pales de turbines moteur). Tout le jeu consiste à ce que l’adversaire ne connaisse jamais les vulnérabilités de nos appareils. Et les secrets du F-22 semblent bien gardés, car il ne participe qu’à très peu d’exercices multilatéraux, et il n’a que très peu été déployé en dehors des Etats-Unis, en dehors du salon aéronautique Farnborough de 2008. On comprend donc mal d'après quels critères les officiels chinois peuvent se vanter de capacités pareilles dans la presse.
 
En remontant le fil des sources de chaque article, on s’aperçoit vite que l’article original provient de la presse taïwanaise, que l’on peut suspecter d’amplifier un peu la menace représentée par la Chine continentale. Cet article se fonde sur une étude publiée par la Jamestown Foundation, un think tank américain, en février 2008, elle-même inspirée par une étude technique australienne entamée en juillet 2007 (et actualisée tous les ans depuis). Dans cette dernière étude, très peu d’éléments techniques viennent accréditer la thèse soutenue par l’article taïwanais. En vérité, on ne sait pas grand-chose des capacités réelles des radars aéroportés chinois : on ne connait ni leur gamme de fréquences (de la bande L à la bande C selon les sources, soit de 1 à 6 GHz) ni leur portée (varaible selon que l'on parle de détection ou d'identification), ni leur puissance.
 
Toujours selon ces articles, la Chine aurait désormais une génération d’avance sur les Etats-Unis par rapport aux E-3C AWACS et E-2C Hawkeye. Etant donné que la France possède ce même type d’appareils - même s’il existe quelques différences (motorisation et électronique embarquée entre autres) – intéressons-nous de plus près à la question.
 
Les KJ-2000 (pour Kongjing 2000) chinois sont des copies des A-50I, la version israélienne de l’A-50 Mainstay de Beriev, équivalent russe de l’AWACS basé sur une plateforme d’IL-76 Candid modifiée. Entre la fin des années 1990 et le début des années 2000, la Chine, très désireuse de se procurer des moyens aéroportés d’alerte avancée, se tourne vers Israël pour obtenir, sur des A-50 fournis par Beriev, le montage d’un système Phalcon israélien (incluant antenne AESA, moyens COMINT, ELINT, et C4). Sous la pression des Etats-Unis, Israël finit par annuler la transaction mais restitue tout de même l’avion à la Chine. C’est sur cet appareil qu’elle va entamer le développement national de son propre système entre 2002 et 2005.
 
Etant donné les informations qu’ont pu récupérer les ingénieurs chinois lorsqu’ils travaillaient avec les Israéliens, les analystes penchent pour des caractéristiques assez proches de l’antenne développée par Elta (filiale d’IAI qui fournit le radar EL/M-2075 AESA du système Phalcon), mais fabriqués à partir de composants locaux. Cela donne un radar en bande L (1 à 2 GHz) de 380 à 400 km de portée de détection, avec une capacité à traiter 60 à 100 cibles simultanément.
 
Les ingénieurs chinois ont une grande aversion pour le risque, d’où leur goût prononcé pour le reverse engineering de technologies occidentales ou russes. Cela signifie qu’il est peu probable que l’armée chinoise ait pris une génération d’avance dans les systèmes radar, en essayant tant bien que mal de copier un système déjà existant (et déjà considéré comme obsolète par les Israéliens). On sait que les Chinois ont connu de grandes difficultés logicielles lors de la mise au point (interfaces et fusion de données notamment) mais on ignore si ces problèmes sont aujourd’hui résolus ou non. A priori quatre de ces appareils seraient aujourd’hui opérationnels (trois plus le prototype, en fait). C'est à peine suffisant pour la permanence en l’air d’un seul appareil sur une courte période.
 
Depuis 1996, la Chine dispose d’un appareil d’alerte avancée avec l’Y-8 AEW (ou projet 515), dont le radar a été fourni par BAe Systems. Il se reconnait au bulbe prononcé sous le nez de l’appareil. La Chine développe également deux autres appareils pour des missions similaires, le KJ-200, fortement inspiré du système Erieye de Saab Electronics Defense, mais sur plateforme Y-8, et le ZDK-03, également sur Y-8 mais avec cette fois un rotodôme semblable à celui du KJ-2000. Ce dernier aurait été vendu au Pakistan à hauteur de quatre exemplaires. La Chine se serait lancée dans la conception d’un équivalent du Hawkeye, en prévision pour ses futurs porte-avions. En attendant elle aurait acquis des KA-31 (techniquement similaire à notre système Horizon) tout en développant un équivalent local sur base de l’hélicoptère Z-8.

Un KJ-200 sur plateforme d'Y-8 photographié en 2012 dans sa livrée opérationnelle (source : Wikimedia commons.org)
Un KJ-200 sur plateforme d'Y-8 photographié en 2012 dans sa livrée opérationnelle (source : Wikimedia commons.org)

KA-31 d'alerte avancée aux couleurs russes (source : Wikimedia commons.org)
KA-31 d'alerte avancée aux couleurs russes (source : Wikimedia commons.org)





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