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Le marché de l’or noir en crise : quelles inquiétudes avoir ?



Publié par Noémie Monti le 4 Septembre 2015

Le cours du pétrole n’avait connu de chute si drastique depuis la récession de 2009. Le lundi 31 août était annoncée la baisse du prix du baril au niveau du seuil critique de rentabilité pour certains producteurs. Cet événement marque un recul de 60% de l’or noir en l’espace de treize mois (1). Ainsi, la surabondance de l’offre face à une croissance mondiale qui décélère, entraînant une véritable crise de la demande, plonge certaines puissances exportatrices dans une situation économique des plus précaires. Point sur la situation.



Les facteurs explicatifs d’un tel plongeon

Depuis Juin 2014, le cours du pétrole bat de l’aile. Ce plongeon du prix du baril découle d’un effet de ciseaux entre une offre continuant d’augmenter et une demande mondiale qui, elle, décroit. Retour sur les facteurs économiques sous-tendant une telle chute…

La crise actuelle qui frappe le marché des hydrocarbures s’explique d’une part par une baisse de la demande mondiale. Les Etats-Unis tout d’abord, ont vu leur production intérieure augmenter, avec l’arrivée des pétroles de schiste, ce qui a réduit leur dépendance aux importations. Des pays producteurs comme l’Algérie ou encore le Nigéria doivent désormais se mettre en quête d’autres marchés, et se tournent vers l’Asie. Mais sans grand succès malgré des concessions importantes sur les prix.

Car à cette nouvelle « indépendance » américaine, s’ajoute un affaiblissement global de la demande des pays émergents, ainsi que de l’Europe. La croissance mondiale reste faiblarde et le pouvoir d’achat des états avec. Le ralentissement de la croissance chinoise est l’un des facteurs ayant le plus affecté le marché de l’or noir, la Chine étant le premier importateur de pétrole au monde.

La difficulté de la situation vient également du côté de l’offre, avec par exemple l’Iran dont la production pourrait bientôt se retrouver sur les marchés mondiaux suite à la levée des sanctions. De son côté l’Arabie Saoudite, dont l'objectif officieux (1) serait de compliquer la tâche des exploitants américains de pétrole de schiste, refuse de baisser sa production de pétrole, estimant avoir les réserves suffisante pour vivre à crédit, et arguant de sa volonté de défendre ses parts de marché. Dans ces conditions, les prix ne risquent pas de remonter, avec au bilan une facture énergétique plus légère dont les pays « demandeurs » tirent profit, à l’inverse de bon nombre de puissances exportatrices pour qui le tableau s’obscurcit.

Tableau des répercussions économiques pour les pays exportateurs

Cette crise de la demande sur le marché mondial a profondément affecté les pays producteurs. Solde commercial négatif, creusement du déficit budgétaire et chute du PIB, ces pays payent leur dépendance économique à l’exportation des hydrocarbures, au prix fort pour certains….

Le Venezuela, dont le pétrole constitue 95% des exportations et deux tiers des recettes, se trouve dans un état de crise avancée (3). Sa difficulté à exporter a fortement handicapé ses capacités d’importation. A court de produits de première nécessité, le pays est en pleine turbulence économique. Face à une inflation incontrôlée, la Banque Centrale du pays a même refusé de communiquer ses chiffres relatifs à l’augmentation des prix cette année. L’Irak et la Libye, déjà ruinés économiquement par les conflits actuels, connaissent également une chute libre de leur PIB et un creusement radical de leur déficit budgétaire.

L’Algérie voit elle aussi son solde commercial profondément amputé puisque les hydrocarbures constituent 98% de ses exportations, environ 50% de son PIB et « 60% de l’ensemble de ses recettes fiscales. » Sa balance commerciale est ainsi devenue déficitaire de 8 milliards de dollars sur les sept premiers mois de 2015. Un scénario tout aussi problématique du côté de la Russie dont 50% des exportations proviennent des hydrocarbures… (4)

Pour l’heure, certains pays comme les monarchies du CCG (Conseil de coopération du Golfe) qui rassemblent l'Arabie saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar, parviennent à garder la tête hors de l’eau. Une position inconfortable mais pour l’instant tenable selon Francis Perrin, directeur de Stratégies et Politiques Energétiques : « Les monarchies pétrolières du Golfe disposent des réserves leur permettant de faire le gros dos pendant quelques années ». (2)

La crise pourrait ne pas s’arrêter là…

Cependant, puiser dans ses réserves de change pour se maintenir à flot ne peut être envisagé comme une solution viable éternellement. Le FMI a en effet estimé qu’aucun des pays exportateurs ne réussit à rééquilibrer ses comptes dans un tel contexte. Ainsi, pour une majorité de pays exportateurs, le prix du baril est actuellement très inférieur au « point mort budgétaire » qui permet aux pays exportateurs d’équilibrer leurs comptes (3). Selon le FMI, la plupart devrait afficher un déficit budgétaire conséquent pour cette année…

La situation prend ainsi une tournure critique pour certains de ces pays, déjà fragiles politiquement, comme le Venezuela ou l’Algérie… Les préconisations du FMI sont très pessimistes et bon nombre d’experts prévoient plusieurs dizaines d’années avant que les prix ne se stabilisent de nouveau à un seuil acceptable. Un scénario encore plus pessimiste annoncerait une possible chute continue des cours sur les prochaines années… Le marché mondial de l’Or noir doit-il se préparer à vivre une seconde fois la récession de 2009?

Si les pays importateurs d’hydrocarbures se réjouissent de cette chute des cours, l’avenir semble beaucoup plus sombre pour des pays comme l’Algérie ou le Venezuela qui paient au prix fort des économies trop dépendantes des exportations d’hydrocarbures. Les répercussions quasiment immédiates sur le bien-être économique global de ces pays traduit l’importance pour ces économies d’entamer ou de poursuivre la diversification de leurs secteurs d’activités.

Les pays occidentaux semblent donc être les gagnants de la partie, car cette baisse des prix du pétrole pourrait faciliter le retour de la croissance. Cependant, cet état de fait  risque de ruiner des pays à nos portes, comme l’Algérie. On sait par ailleurs qu’une Russie mise en difficultés économiquement tend à chercher la diversion politique via les démonstrations de force militaires. Ne risque-t-on pas de payer plus tard les conséquences d’avoir laissé les choses se détériorer pour ces Etats ? La défense des parts de marchés de certains pays de l’OPEP vaut-elle la ruine d’autres pays ? Et que doit-on craindre avoir si la situation ne se rééquilibre pas à moyen terme ?
 
  1. http://www.challenges.fr/energie-et-environnement/20150611.CHA6817/petrole-qui-va-gagner-le-match-entre-les-usa-et-l-arabie-saoudite.html
  2. http://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/021266680986-la-chute-des-cours-du-petrole-oblige-les-exportateurs-a-des-revisions-dechirantes-1145021.php
  3. http://www.nytimes.com/interactive/2015/business/energy-environment/oil-prices.html
  4. http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2015/09/01/29006-20150901ARTFIG00039-petrole-a-moins-de-40-dollars-ces-pays-qui-souffrent-le-plus.php
 
 




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