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Le Mali est-il la première guerre préventive de la France ?



Publié par La Rédaction le 18 Janvier 2013

La guerre menée en ce moment par la France est considérée comme une guerre de réaction, en réponse à l’offensive des milices islamistes vers la moitié Sud du Mali. Sauf que cette attaque n’est pas dirigée directement contre des intérêts français, même si on comprend bien tout le risque que nous prendrions à laisser se constituer un sanctuaire narcoterroriste dans cette région du monde.



L’intervention décidée par le Président français, très largement approuvée par l’opinion française et étrangère, se rapproche plus de la définition d’une guerre préemptive, dirigée certes contre un ennemi non-étatique. A cette nuance près, les opérations françaises au Mali ont pris depuis le début tous les aspects de la guerre préemptive : la France a agi sur demande de l’état malien, pour éviter une désagrégation probable de cet état, sous les coups d’un ennemi particulièrement offensif et dont les attaques étaient imminentes. De plus, certains intérêts français sur place sont menacés : la vie des otages d’une part, et des intérêts politiques et économiques dans une moindre mesure. Une guerre préemptive dispose d’une certaine légitimité, car elle tombe sous le coup de l’article 51 de la charte des Nations Unies, qui autorise la légitime défense. Mais certains éléments laissent à penser que la France mène en fait sa première guerre préventive.
 
On distingue traditionnellement la guerre préemptive, menée lorsqu’un état a la certitude que ses intérêts vitaux vont faire l’objet d’une attaque, de la guerre préventive, menée dans le but d’éviter un conflit, jugé inévitable dans le futur, en détruisant ou en diminuant le potentiel militaire adverse, alors qu’aucune attaque n’est programmée. Le conflit irakien de 2003 s’est avéré au final être une guerre préventive, voire d’agression pure et simple, et non préemptive, comme annoncé et justifié initialement par l’administration Bush : l’Irak, qui ne possédait plus d’armes de destruction massive, ne compromettait en rien la sécurité des Etats-Unis. De la même façon, nous n’avons pas entamé des opérations au Mali sur la certitude ou le sentiment d’une attaque imminente contre nos intérêts. Notre perception de la menace terroriste sur le sol français, ou contre les intérêts nationaux à l’étranger, n’a évolué qu’après le début des hostilités (renforcement du plan Vigipirate notamment). Ce conflit n’a pas été engagé parce que les milices islamistes menaçaient directement d’attaquer la France, ou parce qu’elles planifiaient un attentat en France. Ces milices font actuellement l’objet d’attaques de l’armée française parce que l’occasion nous a été donnée de porter un coup décisif à leur potentiel militaire. La demande du Mali n’est pas un prétexte, ce qui serait particulièrement cynique, mais elle nous fournit la possibilité de neutraliser à la fois le potentiel humain et matériel de combattants islamistes, qui se sont risqués à un combat conventionnel. Or de tels affrontements sont rares, alors qu’ils présentent pour nous deux avantages certains : nous disposons d’une supériorité quasi absolue dans ces conflits dissymétriques, et nous sommes en mesure de discriminer les combattants islamistes parmi la population (ce qui n’est pas le cas ou très difficilement dans des conflits asymétriques de type contre-insurrection).

Il n’y a pas de doutes sur la réalité de la menace islamiste au Sahel, et le prix de l’inaction, la constitution d’une zone franche terroriste, aurait été intenable à brève échéance. Face à la difficulté, voire l’impossibilité, d’infiltrer ces mouvements, la France semble mener au Mali des « opérations incitatives », dont le but est de forcer les djihadistes et combattants islamistes à se dévoiler aux yeux de la communauté internationale. Ce type d’opérations, caractérisé par une inversion du paradigme chronologique renseignement-action (on rassemble des informations sur l’ennemi, sur la base desquelles on agit ensuite contre cet ennemi) a été théorisé par l’armée israélienne au milieu des années 2000. Dans le cadre de certaines offensives dans les camps palestiniens, Tsahal a délibérément provoqué les réactions des milices des camps en intervenant militairement, ce qui lui a permis ensuite d’identifier l’ennemi et de le neutraliser. En ce sens la prise d’otages en Algérie, malgré une prévisible issue dramatique, serait déjà une réussite involontaire de cette stratégie française : d’autres combattants islamistes se sont faits connaitre et ont prouvé leur capacité à combattre en coordination, sur deux fronts séparés de 2000 kilomètres. De plus, cela a obligé l’Algérie a choisir son camp sans ambigüité. Le caractère international de cette prise d’otages sert également les intérêts français en mobilisant les opinions publiques de pays a priori opposés à toute intervention.
 
Même guerre préventive, Cette intervention n’en conserve pas moins toute sa légitimité, malgré quelques cris d’orfraie de personnes peu enclines à se prononcer sur des solutions alternatives. Contrairement à nombre de pays de la péninsule arabique, les milices islamistes du Sahel ne collectionnent pas les armements pour la joie des défilés militaires. Reste à assumer les conséquences sur le long terme du feu de brousse que nous venons d’allumer sciemment au Sahel. Face à un conflit qui rique de durer et aux dangers que cela va impliquer jusqu'en France, la question de la résilience française à la menace terroriste risque de se poser dans les temps à venir.
 
















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