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La furtivité à l’iranienne



Publié par La Rédaction le 7 Février 2013

L’Iran a dévoilé en grande pompe il y a quelques jours un nouvel avion, le Qaher 313 (« Conquérant » 313) ou F-313, présenté très officiellement par le président iranien comme un avion furtif conçu pour le vol à basse altitude, et capable de rivaliser avec les meilleurs avions occidentaux.



La furtivité à l’iranienne
En ligne de mire figurent naturellement le F-22 et le F-35 américains. Les médias iraniens vont jusqu’à présenter une vidéo de l’appareil en action, qui totaliserait « plusieurs milliers d’heures de vol » et donnerait toute satisfaction à ses pilotes. Pourtant, un certain nombre d’observateurs n’ont pas tardé à faire remarquer qu’il s’agit sans aucun doute d’une action de propagande assez grossière. Des spécialistes italiens et israéliens ont tout d’abord noté les dimensions extraordinairement petites de l’appareil dans lequel manifestement un pilote ne peut pas étendre les jambes. L’architecture générale de l’appareil, sorte de mélange raté entre un Su-47 Berkut, un F-117 et le prototype Bird of Prey de Boeing, semble être en contradiction totale avec les lois élémentaires de l’aérodynamique et de la sustentation. La vidéo de l’appareil en vol semble d’ailleurs être celle d’un modèle réduit : de mauvaise qualité, on ne voit ni le décollage ni l’atterrissage et le bruit de réacteur a très bien pu être ajouté par-dessus. Les entrées d’air du réacteur, placées en retrait et en hauteur, ne doivent avoir qu’un débit très limité compte tenu de leurs dimensions extremement réduites. Leur emplacement interdirait à l’appareil de se cabrer, sous peine de priver le réacteur d’alimentation en air. Cela obligerait l’appareil à atterrir à plat, formule incompatible avec un avion prétendument STOL. En sus de l’impossibilité de savoir si l’engin dispose ou non d’un réacteur, on notera que la queue ne dispose d’aucune véritable tuyère de sortie des gaz. Lorsque l’on connait les difficultés que connaissent les Chinois et les Indiens à produire un réacteur national, on peut légitimement douter de la capacité d’un pays sous embargo depuis trente ans à y parvenir.
 
Toujours concernant l’esthétique général de l’appareil, et grâce aux photos généreusement fournies par les médias iraniens, on notera qu’il n’y a pas de trappes de visite, pas de volets hypersustentateurs, pas d’aérofrein, pas de feux de position (sauf deux en bout d’ailes), aucune antenne de sonde (excepté sur la pointe avant) ou d’équipement de communication et aucun point d’emport d’armement ni soute à missiles. Selon un expert aéronautique italien, le nez de l’appareil est de plus bien trop petit pour accueillir un radar. Même pour un prototype cela commence à faire beaucoup. Le cockpit n’est pas mieux loti avec une instrumentation de bord digne d’un avion de tourisme…à condition toutefois que soient ajoutés un jour les câblages électriques. Certains internautes attentifs ont d’ailleurs fait remarquer que pour un avion censé être « plus rapide qu’un F-22 », il est curieux de disposer d’un tachymètre dont les graduations ne vont pas au-delà de 300 nœuds (environ 550 km/h ou Mach 0,5). A y regarder de plus près sur ces photos du cockpit, on comprend mieux les raisons de ces erreurs : on aperçoit assez nettement ce qui semble être un assemblage fait de résine ou de fibre de verre, sous une verrière faite d’un mauvais plexiglas. Bref, rien de plus qu’une maquette faite un peu trop rapidement pour abuser longtemps. La furtivité ne se réduit malheureusement pas à une peinture noire et à des formes anguleuses. Mais il est vrai qu’étant certainement fait en plastique et carton et n’émettant a priori rien, le F-313 doit être particulièrement furtif.
 
La véritable question derrière cette tentative grossière de désinformation, c’est la finalité d’une telle démonstration. A qui est destinée cette supercherie ? L’Iran n’est pas la Corée du Nord, on ne peut décemment croire que cette démonstration est à destination d’un peuple qui connait internet et les outils de l’information et sait les utiliser. Qu’espère le pouvoir en place à travers des tentatives répétées pour faire croire à un essor technologique de l’Iran ? Prestige intérieur, diversion politique, diversion militaire ? Une seule chose est sans doute vraie dans tout ce qui a été dit : cet avion est très certainement 100% iranien.