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La course à la performance condamne-t-elle les entreprises industrielles ?




Publié par Romain Lambert le 30 Avril 2014

Si elle a le mérite de faire évoluer la technologie actuelle, la course à la performance ne possède cependant pas que des bons côtés.



Comme chaque année, la Keynote d'Apple dévoile un nouveau prototype de téléphone intelligent doté de nouvelles technologies, plus fluide, doté d'un APN plus performant et d'une autonomie accrue, bref un appareil qui se veut meilleur que son prédécesseur. La marque à la pomme n'est cependant pas la seule entreprise à agir de la sorte et à proposer de nouveaux produits à destination des consommateurs de manière régulière, car cette pratique est largement répandue auprès des entreprises industrielles.

Un progrès inutile ?

Depuis l'apparition de la première Ford T et l'arrivée de Général Motors dans l'automobile, le remplacement d'un produit, fonctionnant encore, par un autre plus récent, est apparu comme une « culture » qui a vite fait de gagner les ménages. Ainsi, il ne se passe pas un mois ou un trimestre sans qu'une nouvelle voiture, un nouvel ordinateur ou une nouvelle console de jeux ne soit présenté au grand public et affublé de l'adjectif « plus performant ». La logique voudrait toutefois qu'un produit ne soit remplacé qu'en cas d'usure ou de vétusté, mais face aux campagnes publicitaires, difficile de ne pas céder à la tentation du nouveau, du plus efficace ou du plus cher. Les nouveautés industrielles et technologiques apparues au cours de ces dernières années apparaissent ainsi comme issues d'un progrès inutile, primant davantage les résultats que la performance.

Ce phénomène touche tous les niveaux de l'industrie actuelle et cela va du simple composant électronique à la technologie de pointe embarquée dans les véhicules. C'est dans le domaine informatique que l'obsolescence d'un produit est cependant la plus apparente. Les éditeurs de logiciels proposent en effet des applications gourmandes en mémoire nécessitant le recours à du matériel récent pour fonctionner de manière optimale. Il en est de même pour les autres solutions informatiques disposant de la fameuse étiquette « configuration minimale requise » obligeant les consommateurs à délaisser un produit en parfait état de marche pour le remplacer par un autre qui subira le même sort au bout de quelques mois. Vraisemblablement, le terme de société de consommation prend ici tout son sens d’autant que la publicité influence les consommateurs, qui ces derniers ne seront jamais satisfaits.

Des pratiques pénalisantes

Face à un rythme de production élevé, des délais de livraison de plus en plus courts ou des contraintes de travail de moins en moins supportables, les salariés des grandes sociétés industrielles manifestent un mal-être croissant. Ils sont en effet soumis à des conditions de travail contraignantes face à un secteur industriel en constante évolution et dont la majorité des produits sont sujets à une obsolescence programmée. La durée de vie d'un produit est ainsi de quelques mois, voire quelques semaines pour certains secteurs. En guise d'exemple, on peut citer certains géants de l'électronique ou de l'informatique comme Nvidia qui a proposé une carte graphique en février 2013 avant d’en sortir une nouvelle sur le marché 5 mois plus tard. On peut également parler d'Apple et de son téléphone intelligent qui devient obsolète au bout d'un an, car remplacé par un nouveau modèle « plus performant ».

La course à la performance est ainsi devenue la nouvelle politique commerciale des industries actuelles et cette réalité se développe évidemment au détriment du bien-être des salariés qui assurent la conception ainsi que la réalisation de ces produits. Cette démarche est toutefois pénalisante pour ces sociétés, car un tel phénomène cause de manière irréversible la perte de près d'un quart de leur valeur ajoutée. Jusqu'ici, les moyens destinés à pallier ce problème se résument pourtant en de simples mesures préventives consistant à élaborer des objectifs préalables ou à donner des moyens « suffisants » aux collaborateurs. Il est toutefois clair que la recherche perpétuelle de la performance ne s'arrêtera pas de sitôt et que, face aux progrès techniques qui ne cessent de se réaliser, le moment de répit des salariés - et des consommateurs - n'est pas encore prêt d'arriver.

En favorisant le culte de la performance, les industriels signent eux-mêmes leur propre condamnation en s'engageant dans un cercle vicieux. Comment en effet signifier au consommateur qu'un produit est plus avantageux qu'un autre lorsque celui-ci sait pertinemment qu'il sera moins bon que le prochain qui sortira bientôt ? Certes, les entreprises peuvent jouer sur les prix en proposant des tarifs moins élevés que leurs concurrents, mais cette méthode les pénalisera fortement et réduira considérablement leurs marges, et lorsqu'on sait que les bénéfices d'un produit serviront au développement du prochain...



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