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La Russie revendique plus d’un million de km2 et relance la « guerre froide » de l’Arctique.



Publié par Noémie Monti le 25 Août 2015

Le plateau Arctique est depuis bien longtemps source de convoitises pour bon nombre de puissances mondiales. Le sujet épineux du contrôle de la zone est aujourd’hui remis au goût du jour par la Russie qui déposait, le 04 août dernier, une demande d’extension territoriale devant les Nations Unies, revendiquant 1.2 millions de km2 en Arctique.



Une demande plusieurs fois réitérée

Une requête surprenante ? Au contraire, la Russie n’en est pas à sa première tentative afin d’étendre sa zone d’influence sur les terres marines de l’océan Arctique. Sa lutte pour le contrôle de l’Arctique remonte aux débuts des années 2000, où Moscou s’était déjà vu refuser sa demande par l’ONU, faute de preuves suffisantes. Depuis, la Russie a multiplié les expéditions scientifiques dans la zone afin de collecter suffisamment d’éléments justifiant ses prétentions de souveraineté sur ce secteur.

Moscou appuie sa requête sur la Convention des Nations Unies sur le Droit de la Mer. Cette dernière stipule en effet qu’un état côtier possède la capacité juridique de prolonger sa souveraineté sur le plateau continental (extension de son territoire sous la surface de la mer au-delà des 200 milles, soit 370 km de sa zone économique exclusive). Cette loi n’est cependant applicable qu’à la condition que l’Etat demandeur ait prouvé, en amont devant la Commission Internationale des Nations Unies, que ce domaine se situe effectivement dans la continuité de son sol national.

Cette revendication a bien évidemment soulevé une polémique au sein de la communauté internationale, due, d’une part, à la spécificité de la juridiction qui s’applique à cette zone, et, d’autre part, aux nombreux Etats qui convoitent, eux aussi, les richesses naturelles que renferment ces sols marins. La demande russe découle-t-elle d’une simple question d’égo ou d’intérêts dissimulés ? Quelles opportunités, l’acquisition de ces sols marins représenterait-elle véritablement pour Moscou ?

Des motivations multiples

Cette revendication s’articule autour de trois axes principaux qui répondent à différents types d’enjeux stratégiques : des enjeux d’ordre géopolitique et militaire, des enjeux économiques et énergétiques, ainsi qu’un enjeu scientifique et technologique grâce aux terres et matériaux rares dont regorge le secteur.

Mettre la main sur cette zone rime, pour la Russie, avec redynamisation et exploitation économique de nouvelles ressources énergétiques, l’Arctique étant une mer éminemment riche en ressources naturelles. L’acquisition de cette portion de territoire représente également une opportunité commerciale fondamentale, grâce à l’éventuelle ouverture d’un passage au Nord. La Russie voit en l’Arctique une source de dynamisme pour son futur économique et énergétique, en plus d’un espace sur lequel elle considère sa souveraineté légitime.

L’Arctique a beau se trouver hors des zones économiques nationales, la démarche de Moscou a ravivé l’actualité de la bataille pour le contrôle des eaux du Pôle. La zone Arctique, de par les ressources qu’elle possède et la spécificité de la législation qui s’y applique, a été, et continue d’être une source de contentieux. Moscou est en effet loin d’être seule à convoiter ce territoire, réputé pour posséder environ un quart des sources encore inconnues de pétrole et de gaz. Le projet russe se heurte donc essentiellement aux intérêts Canadiens, mais aussi Norvégiens, Américains et Danois (via le Groenland) qui tous, tentent depuis bien longtemps d’affirmer leur souveraineté sur le secteur.

La persévérance de la Russie à revendiquer cette portion de territoire nait également d’une volonté de restaurer sa présence militaire dans cette partie du monde. Récemment, des manœuvres militaires russes dans le secteur témoignent bel et bien de cette ambition. En effet, ces opérations ont été justifiées par le gouvernement comme des essais visant à évaluer si les troupes russes pouvaient manœuvrer dans cet environnement. Moscou aurait dans l’idée d’ouvrir les régions de la zone Arctique afin d’en promouvoir le développement. La « stratégie Arctique » représente en effet l’un des sept volets de la politique régionale de Moscou sur la période 2013-2020.

Afin d’alimenter leur argumentaire et ancrer l’idée qu’elle est, ici, dans son bon droit, la Russie justifie sa demande par la dimension juridique, et y ajoute l’argument de protection environnementale, pour pallier à la dégradation écologique du secteur. Le changement climatique, fardeau écologique dénoncé à l’échelle internationale, semble dans une certaine mesure, constituer une opportunité cachée pour les égoïsmes nationaux… La fonte des glaces créent de nouvelles voies et opportunités d’exploration et d’exploitation. Ces transformations facilitent l’accessibilité de la zone et attisent encore davantage les convoitises des plus grandes puissances mondiales.

La balle dans le camp de l’ONU

Ces rivalités sont anciennes et profondément enracinées. Historiquement, l’Arctique représente un point stratégique de sécurité pour la Russie, étant positionné entre les territoires Russe et Américain. Cette revendication de Moscou devant l’ONU met aussi en lumière dans quelle mesure la zone Arctique représente, ici, une question touchant la sensibilité nationale.  

Questionner l’aboutissement de cette démarche revient à interroger la capacité du droit international à légiférer sur une problématique épineuse, lieu de collision  d’intérêts nationaux propres et divergents… Cette phase ravive le sujet délicat de la souveraineté nationale sur les eaux territoriales et l’on comprend une difficulté de l’ONU à statuer sur la situation. Cette situation ravive la question de l’application du Droit International et démontre à quel point les égoïsmes nationaux continuent de peser dans le jeu politique international... 

L’Arctique semble donc, dans l’imaginaire des Etats, représenter une sorte de dernière « terre promise ». Ce nouveau dossier déposé par Moscou le 4 août dernier, serait constitué de nouveaux éléments et données collectées au cours des années, lors des expéditions montées par le gouvernement russe. Mettre la main sur ce territoire dans la légalité, représente donc, pour la Russie comme pour ces autres puissances, un enjeu capital. Il revient donc à l’ONU de trancher et l’on peut sans difficultés appréhender l’ampleur des enjeux diplomatiques et géopolitiques avec lesquelles l’organisation doit composer pour arriver à une décision, sans créer de crise internationale…
 




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