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La France, première industrie alimentaire au monde sans BPA / Bisphénol A



Publié par La Rédaction le 15 Septembre 2016

Le 15 septembre 2014, Jean-Marc Ayrault louait la proposition de loi visant à interdire l'utilisation du Bisphénol A (BPA) dans les conditionnements alimentaires. Une interdiction programmée ensuite pour juillet 2015, alors que les industriels ne voyaient pas comment remplacer le BPA. Depuis, des substituts ont été découverts. Par conséquent, la décision de supprimer le BPA a positionné la France comme la première industrie alimentaire au monde sans BPA.



Les dangers du Bisphénol A                                           

Plusieurs études ont démontré clairement que le Bisphénol A (BPA) a des effets nocifs sur la santé. Ce composé chimique était contenu dans la quasi-totalité des conditionnements alimentaires, et même en très faible quantité, son ingestion affecte les capteurs endocriniens. Le BPA agit comme une hormone naturelle en usurpant l'identité des œstrogènes. Les capteurs de ces derniers s'activent alors et perturbent l'intégralité du système hormonal. Certaines études ont ainsi révélé des risques élevés de maladies chroniques et de cancers, alors que d'autres se sont penchées sur la fertilité, et ont démontré une baisse significative du nombre de spermatozoïdes chez l'homme, même avec de très faibles doses de BPA. Il s'avère que sur l'agglomération de Paris, les hommes possèdent déjà deux fois moins de spermatozoïdes que leurs grands-pères, et ce, à cause de la présence de BPA dans les produits alimentaires. Les femmes enceintes, qui elles aussi sont exposées, sont sujettes à donner naissance à des enfants atteints de troubles musculaires. Ces effets nocifs, dont certains étaient connus depuis 2010, ont incité l'Agence de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses), à promouvoir une logique de prévention visant à supprimer, dans la mesure du possible, le BPA des conditionnements alimentaires. Mais tout le problème se situait à ce niveau, car selon les industriels, il n'existait aucun substitut au BPA.

Les industriels de l’agroalimentaire dans l’impasse ?

Les industriels de l'agroalimentaire ne comprenaient pas la décision du gouvernement français, visant à supprimer totalement le BPA des conditionnements alimentaires. Selon eux, cette décision a été prise précipitamment, sans tenir compte de la faisabilité d'une suppression totale du BPA. L’interdiction du BPA prévue par l’Assemblée Nationale en première lecture de la proposition de loi de Gérard Bapt devait être effective en janvier 2014. Un délai supplémentaire a été accordé aux industriels. Le BPA sera totalement interdit finalement en juillet 2015, non sans susciter de vives inquiétudes. Certains, comme le fabricant de la moutarde de Dijon, vont jusqu’à affirmer même que juillet 2015 représentera la date à laquelle les industriels de l'agroalimentaire mettront la clé sous la porte. Pour eux, il n'existait alors aucune alternative à l'utilisation du BPA. D’autres se fondent sur des tests menés en interne tendant à démontrer que le BPA, essentiellement utilisé dans les jointures des capsules, ne s’infiltre pas dans les aliments. Sachant cela, l’incompréhension est encore plus grande. Pourtant, il exister bien des substituts, mais n’ayant aucune connaissance sur leur innocuité, les industriels considèrent qu’il n’y a pas de solution. Il n’en demeure pas moins que l’Anses a identifié 73 substituts, et que ces derniers ont bien remplacé le BPA, même si des études complémentaires d’innocuité restent à faire.

L'Anses identifie 73 substituts possibles

Interrogé suite à la décision du sénat d'accorder un délai supplémentaire aux industriels, pour supprimer le BPA de tous leurs conditionnements alimentaires, Dominique Gombert, le directeur de l'Anses expliquait alors que les possibilités de remplacement du BPA sont nombreuses. L'Anses en a identifié 73, et ce, pour toutes les grandes familles d'usage des conditionnements. Pour autant, l'Anses n'a pas encore déterminé si ces substituts sont nocifs pour la santé. Un critère des plus importants selon Dominique Gombert, car remplacer le BPA par un composé dont on ne connait pas la toxicité serait absurde, et extrêmement risqué.
L'Anses publie ainsi régulièrement les résultats d'études toxicologiques sur chacun des substituts identifiés, la dernière mouture remontant au 24 aout 2016. Pour l'heure, rien ne dit que tous ces substituts ne présentent aucun danger sanitaire. Mais cette polémique ne doit pas faire oublier que le BPA est extrêmement nocif, et selon certains spécialistes, cette nocivité justifie à elle seule une interdiction qui aurait dû être immédiate, dès les premiers résultats connus.

Des substituts mis en place progressivement

Les industriels d’un point de vue technique, le remplacement total du BPA dans tous les conditionnements alimentaires, demandera énormément de temps. L'Anses quant à elle ne peut se prononcer sur la question. Les innombrables variétés de conditionnement imposent une approche au cas par cas pour pouvoir établir la faisabilité d'un remplacement total à grande échelle. Mais rejetant tout bonnement l'idée d'un remplacement, certains ayant préféré se dire qu'un arrêt de toute activité serait plus approprié, difficile de s'en remettre à l’avis des industriels. D'autant plus que l'Etat ne les a pas concertés avant de décréter l'obligation de suppression du BPA pour 2015. Une seule chose est sûre : bien que court, le délai accordé aux industriels pour supprimer le BPA de leurs conditionnements, s’avéra en réalité suffisant. La remise en cause d’une partie de la loi par le Conseil Constitutionnel en septembre 2015 n’a rien changé au fond du problème, certains industriels ayant crié victoire un peu vite.
 


Tags : Bisphénol A, BPA













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