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L'ingénierie écologique est en marche



Publié par La Rédaction le 10 Octobre 2012

L'ingénierie écologique est une discipline qui émerge des contraintes environnementales imposées aux entreprises. Elle est utilisée en tant que méthode durable pour protéger ou restaurer des écosystèmes détériorés par l'homme. Ainsi, au mois de juin dernier, le CNRS invitait le public à découvrir l'ingénierie écologique en visitant plusieurs sites ayant bénéficié d'une réhabilitation.



L'ingénierie écologique est en marche
À la découverte d'une discipline, en devenir

Interrogé par Novethic, le conseiller scientifique à l'Institut National Ecologie et Environnement (INEE) du CNRS, Thierry Dutoit, explique ce qu'est l'ingénierie écologique. La discipline consiste donc en une approche de la gestion de l'environnement selon les théories de la science écologique. Autrement dit, l'ingénierie écologique s'applique dans le cadre de trois grands axes dont le premier est la réhabilitation/restauration du vivant soit par l'introduction d'une espèce "utile", soit par l'éradication d'une espèce jugée nuisible ou indésirable. Le deuxième axe consiste en l'optimisation des caractéristiques utiles du vivant comme, par exemple, l'utilisation de végétaux à des fins de dépollution. Enfin, le troisième axe dans lequel s'applique l'ingénierie écologique consiste en la création d'écosystèmes pouvant apporter des intérêts durables, tant à la biosphère qu'à l'être humain. À titre d’exemple, la dépollution des villes peut passer par une mise en place à grande échelle, de toits végétaux.  Ainsi, le CNRS proposait les 2 et 3 juin dernier, des visites de sites ayant été réhabilitées grâce à l'ingénierie écologique. Ces sites sont les premiers à avoir bénéficié de l'ingénierie écologique en France, et retiennent l'attention du plus grand nombre quant aux résultats qu'ils sont amenés à produire. En effet, la discipline en est encore à sa genèse, mais tend à ouvrir les portes d'un nouveau marché pour les entreprises, un marché parallèle à l'ingénierie civile.

L'ingénierie écologique en France

L'ingénierie écologique fait son chemin depuis les années 90 où la France lançait le programme "restaurer la nature". Cependant, la discipline demeurait marginale jusqu’en 2007, date à laquelle fut lancé un autre programme : Ingénierie écologique. Initié par le CNRS, ce programme étalé sur la période 2007 à 2011, a bénéficié des nouvelles politiques sociétales, et aura permis une application plus large de l'ingénierie écologique. En effet, les entreprises sont dorénavant plus réceptives à cette discipline, et des partenariats entre le CNRS et les entreprises commencent à voir le jour. Au regard des avancées en matière d'ingénierie écologique que l'on peut constater dans les pays anglo-saxons et surtout en Chine, la France accuse un certain retard, mais les expérimentations qui ont eu lieu sur les sites présentés par le CNRS, laissent présager un développement plus rapide de la discipline, au cours des prochaines années. Un développement favorisé par les nouvelles contraintes en matière de développement durable auxquelles les entreprises, notamment celles intervenant dans les travaux publics, doivent dorénavant se soumettre.

L'ingénierie écologique, poussée par les obligations sociétales

Les entreprises françaises ayant désormais une obligation de compensation de leur empreinte sur l’environnement sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser à la manière dont elles agissent. Leurs obligations sociétales sont ainsi en phase avec le programme « Ingénierie écologique » qui bénéficie d’un flux financier grandissant, notamment en ce qui concerne les opérations de restauration. En effet, outre les entreprises de travaux publics, toute entreprise qui n’a pu éviter de dégrader l’environnement dans le cadre de ses activités est dans l’obligation de compenser ces dégradations. Ainsi, dès l’annonce du programme « Ingénierie écologique » en 2009, un premier projet pilote a été lancé avec la CDC Biodiversité, sur un site dégradé à Crau. La plaine de Crau qui abrite une réserve naturelle a subi au mois d'août 2009, une pollution par fuite d'hydrocarbure suite à l'explosion d'un oléoduc de la société SPSE.

Opération "Cossure"

La plaine de Crau fut le premier site à bénéficier d'une restauration dans le cadre d'un programme d'ingénierie écologique, et c'est Thierry Dutoit qui a mené à bien cette opération pilote baptisée, opération "Cossure". Comme le veut l'ingénierie écologique, il s'agissait d'extraire les 5500 m³ de pétrole déversés dans la plaine, en agissant pour la biosphère, par la biosphère et dans un intérêt environnemental tout autant qu'humain. Ce sont donc 72 000 tonnes de terre polluée, qui ont été extraites du site et transportées dans une décharge située à 30 km. L’enjeu consistait à recréer un environnement favorable à une dépollution par bactérie, afin de permettre à l'habitat de type steppique de la plaine de reprendre naturellement ses droits. Cependant, l'extraction de terre a laissé un trou béant de 5 hectares, et la DREAL PACA a sollicité à nouveau le CNRS pour restaurer la steppe. Thierry Dutoit avoue que de prime abord, l'idée d'accélérer la restauration du site aurait généré plus de dégradation, du fait des nombreuses rotations de camion, mais il s'est avéré que des gouttes d'hydrocarbure continuaient à sortir du sol, ce qui aurait eu un impact négatif sur le long terme. Ainsi, bien que l’objectif initial fût d’aider la nature à faire le travail toute seule, il a fallu trouver des solutions plus rapides et plus efficientes.

L'ingénierie écologique, un marché émergeant

Face à la demande de la DREAL PACA, Thierry Dutoit décide de reboucher le trou laissé par l'extraction de la terre polluée, avec de la terre prélevée à proximité, et d'introduire des fourmis pour accélérer le transport des espèces végétales vers la zone à restaurer. L'opération "Cossure" aura ainsi révélé les limites opérationnelles de l'ingénierie écologique, car il fallait bien avoir recours à des camions et tracteurs, très polluants et destructeurs, pour réhabiliter le site de Crau. Thierry Dutoit rappelle donc le caractère expérimental des projets actuellement en cours, qui comme celui de Crau rencontrent des problématiques pour lesquelles des solutions doivent être inventées. Des solutions que certaines entreprises s'affairent déjà à apporter en réfléchissant à de nouveaux outils et de nouvelles méthodes d'ingénierie inspirées du civil. Ces entreprises ont compris que l'ingénierie écologique représentait un nouveau marché offrant de nombreuses opportunités. Le fait est que tout reste à découvrir, mais que la discipline ne dispose pas encore de fondements professionnels.
 
 




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