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Iran : une réouverture convoitée



Publié par Jordi Lafon le 25 Mai 2016

La levée des sanctions contre l’Iran fait apparaître le pays comme un nouvel eldorado. Avec plus de 1,5 millions de km2, et fort de 80 millions d’habitants, il représente un important marché qui s’ouvre à nouveau sur l’Occident. Les entreprises françaises sont particulièrement intéressées par ces nouveaux débouchés, mais elles ne sont pas seules en lice.



Supreme Leader of Iran Ali Khamenei (credit: Kremlin.ru)
Supreme Leader of Iran Ali Khamenei (credit: Kremlin.ru)
L’Iran était, du temps du Shah, un allié privilégié de l’Europe et des Etats-Unis, y compris dans son programme nucléaire. C’est la révolution islamique de 1979 et l’attitude hostile à l’égard des Etats-Unis adoptée par la suite qui a poussé l’Occident à mettre fin au partenariat dans un premier temps, puis à adopter un régime de sanctions parmi les plus durs de l’Histoire. Ces sanctions avaient à l'origine été adoptées par l’ONU, mais d’autres entités comme l’Union européenne ou les Etats-Unis avait mis en place des restrictions supplémentaires.

Ces restrictions comportaient des mesures relatives au commerce des armes, au secteur financier, au secteur des transports, au secteur pétrolier et gazier, à la pétrochimie, aux métaux précieux, ainsi que des mesures plus spécifiques visant à lutter contre le commerce de biens et de services susceptibles d'être utilisés dans le cadre du programme nucléaire et balistique iranien. En outre, de nombreuses entités et personnes dont les avoirs ont été gelés (comme la Banque centrale iranienne) ont été placées sur une liste de sanctions. Une interdiction de visas a également été imposée à l'encontre des personnes énumérées sur la liste.

L’élection en 2013 du président Hassan Rohani a impulsé un nouvel élan aux négociations entre l’Iran et les pays occidentaux qui sont parvenus à un accord en 2015. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ayant constaté le respect de cet accord en janvier 2016, les sanctions sont à présent levées, du moins partiellement.
 
Reconquérir le marché
 
Les relations diplomatiques et économiques avec l’Iran peuvent à présent reprendre et cela a déjà commencé. Mais après de si longues années, les retrouvailles sont parfois compliquées. Preuve en est de la polémique sur le dîner à l’Elysée lors de la visite du président perse et de son exigence que le vin soit retiré de la table. Ou encore une autre polémique provoquée par les hôtesses de l’air d’Air France ne souhaitant pas porter le voile à leur atterrissage à Téhéran. Pas assez pour freiner cet élan de réconciliation, les hôtesses seront affectées aux vols Paris-Téhéran sur la base du volontariat et le dîner prévu à l’Elysée a été remplacé par une simple rencontre entre les deux présidents, rencontre qui a d’ailleurs donné naissance à un excellent contrat pour Airbus : l’Iran s’est engagé sur l’achat de 118 avions, 73 gros porteurs, dont 12 A380, et 45 long et moyen-courriers pour un total évalué à 25 milliards de dollars.

De quoi encourager les entrepreneurs hexagonaux. Mais pour l’instant, c’est le seul véritable contrat signé entre une entreprise française et l’Iran. D’autres secteurs sont en bonne position mais il reste encore un long chemin à parcourir. C’est le cas de Bouygues et Paris Aéroport (ex ADP) qui ont conclu un protocole d'accord concernant l’aéroport de Téhéran. Il porte sur la conception, la construction et la supervision des travaux de modernisation de l'aéroport international Khomeiny, dans la capitale iranienne, l’objectif étant d’en faire une plateforme concurrente à celle de Dubaï ou Istanbul. « Cela fait plus d’un an que l’on travaille sur ce dossier, à la fois avec Bouygues comme partenaire officiel, mais également en concertation avec Airbus. » a expliqué à Challenges Patrick Jeantet, directeur général de Paris Aéroport. Vinci de son côté se concentre sur les aéroports de Aspahan et de Mechhed, premier lieu de pèlerinage chiite dans le monde. Ces deux contrats pourraient faire croître l’activité aéroport du groupe de 10% d’un coup.

Un autre protocole d’accord a été obtenu par la SNCF auprès des chemins de fer iraniens portant sur l’exploitation des gares et le développement des lignes à grande vitesse : « L’état des infrastructures est obsolète, et les objectifs des autorités sont immenses. Construire 15 000 kilomètres de voies ferrées en dix ans, en électrifier 20 %, et multiplier par quatre le nombre de voyageurs, c’est juste énorme ! » a déclaré à Challenges Patrick Ropert, directeur de Gares & Connexions.

Parmi les autres secteurs intéressés par cette nouvelle coopération on trouve bien évidemment Total, qui a signé pour 150 000 à 200 000 barils de brut par jour, mais aussi PSA et Renault, le premier a annoncé son retour tandis que le second, qui n’était jamais vraiment parti, a l’intention d’intensifier ses activités à un niveau significatif en préparant le lancement de nouveaux modèles avec son partenaire iranien.
 
La France n’est pas seule
 
Malheureusement il reste un hic : les Etats-Unis ont maintenu leurs sanctions sur toute personne ou entreprise suspectée de soutenir le terrorisme ou de blanchir de l’argent. Résultats aucun des accords signés au moment de la visite d’Hassan Rohani n’a trouvé de financement, le souvenir de l’affaire BNP Paribas en 2014 est encore trop frais dans l’esprit des banques françaises. « Il y a six à huit mois un peu compliqué à passer jusqu’à l’élection présidentielle aux Etats-Unis, pendant lesquels on va rester dans le flou. Les choses devraient s’éclaircir ensuite » estime Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères.

Pour l’instant la solidarité occidentale pour condamner le régime iranien a laissé place à une course à celui qui profitera le mieux de son ouverture. Les Américains bloquent ainsi la situation et attendent le moment le plus opportun pour lever les dernières restrictions et peut être alors, rafler la mise au nez et à la barbe des Européens.

Car la France n’est pas le seul pays d’Europe à se tourner vers le marché perse. L’Italie, qui était avant l’embargo le premier exportateur vers l’Iran, a ainsi reçu le président Rohani avant sa venue à Paris. Pour eux aussi cette rencontre a été fructueuse : 17 milliards d’euros de contrats signés dans les infrastructures, la rénovation de raffineries et de pipeline, la sidérurgie et la construction navale.

Pour ce qui est des liaisons aériennes, nombre sont ceux qui se se sont réjouis du retour d’Air France, mais la fréquence des vols Paris-Téhéran reste faible, avec trois vols par semaine, contre 10 pour Lufthansa et Alitalia qui n’ont jamais cessé de desservir la capitale iranienne. British Airways a également annoncé l’ouverture en septembre de six liaisons hebdomadaire. Le PDG de la compagnie française, Frédéric Gagey, a fait part de son souhait d’arriver le plus vite possible à un vol quotidien.
 
Il s’agit donc pour les Français de ne pas se laisser distancer et c’est le but du prochain voyage à Téhéran du 27 mai au 2 juin. Quarante trois PME en seront, issues de secteurs très variés : agroalimentaire, industrie, pétrole et gaz, automobile, cosmétique, biens d’équipement et équipements industriels, tourisme.
 
Sources :
http://france-moyenorient.com/Mission-commerciale-Iran-des-CCI-francaises-du-27.html
http://www.challenges.fr/entreprise/20160422.CHA8268/l-aventure-iranienne-des-entreprises-francaises.html
http://www.france24.com/fr/20160417-air-france-reprise-vol-paris-teheran-iran-vidalies-avion-hotesse-voile-homosexuels
http://www.usinenouvelle.com/editorial/iran-quels-secteurs-industriels-vont-profiter-de-la-levee-des-sanctions.N376184
http://lci.tf1.fr/economie/conjoncture/levee-des-sanctions-contre-l-iran-une-bonne-nouvelle-pour-les-8707559.html
http://diplomatie.belgium.be/fr/politique/themes_politiques/paix_et_securite/sanctions/sanctions_iran
http://www.lefigaro.fr/international/2016/01/16/01003-20160116ARTFIG00191-les-sanctions-contre-l-iran-vont-etre-levees.php
http://www.franceinfo.fr/actu/economie/article/moisson-de-contrats-au-deuxieme-jour-de-la-visite-du-president-iranien-762107



Jordi Lafon suit actuellement un double cursus à l’Institut de Relations Internationales Stratégiques (IRIS) et à l’Institut d’Etudes Européennes (Paris 8).




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