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Guatemala : le procès d'un génocide



Publié par La Rédaction le 30 Septembre 2013

Restés impunis de longues décennies durant, les auteurs des génocides au Guatemala dans les années 80 répondent de leurs actes devant un tribunal depuis 2004. Récemment, le procès de Rios Montt, ancien président guatémaltèque et chef de l'armée au moment des faits, a envoyé un signal fort aux responsables des crimes commis durant la guérilla



L'ex-général Rios Montt témoignant à son procès
L'ex-général Rios Montt témoignant à son procès
Des exactions passées sous silence
 
Alors embourbé dans une guerre civile depuis près de 30 ans, le Guatemala s'apprête à vivre l'un des moments les plus funestes de son histoire quand le général Efrain Rios Montt arrive au pouvoir le 23 mars 1982. Rapidement, le nouvel homme fort du pays accroît la puissance de feu de l'armée et instaure une dictature d'acier, dont l'unique but est d'éliminer la guérilla. Usant de la tactique de « terre brûlée », le général ne tarde pas à se faire remarquer, non pas pour ses succès, mais pour les massacres commis par ses sbires.
 
Le 18 juillet 1982 a eu lieu la tuerie de Plan de Sanchez. Dans ce petit village peuplé d'environ 300 habitants, les miliciens du gouvernement ont torturé grands et petits, ont violé femmes et jeunes filles à peine matures et ont perpétré d'autres exactions tout aussi cruelles... avant d'assassiner 256 individus mayas. Les survivants ont été forcés de creuser les tombes des victimes, puis ont été abandonnés dans leur village, incendié.
 
En décembre de la même année survient un autre bain de sang à l'encontre des tribus mayas, celui de Dos Erres. Bilan : 300 villageois ont disparu, probablement exécutés par les membres des forces spéciales Kaibiles. Même si les missions internationales tentaient dès le départ d'identifier les auteurs et les responsables de ces massacres, aucune poursuite n'a été engagée. La signature des accords de paix en 1996 rendait encore plus difficile l'inculpation des miliciens sanguinaires. Et pourtant, trente ans après les faits, les responsables des tueries vont devoir répondre de leurs actes devant la justice guatémaltèque.
 
Fin d'une longue période d'impunité
 
Jusqu'alors protégés par les accords de paix de 1996, l'immunité parlementaire ou encore la connivence de certains dirigeants, les responsables des massacres de 1982 coulent des jours paisibles dans leur pays. Les premiers signes de changements apparaissent au début des années 2000 lorsque des organismes internationaux, des avocats des Droits de l'homme et des associations de victimes s'unissent pour enquêter sur les tueries. Une première victoire est obtenue en 2004 : la Cour Inter-Américaine des Droits de l'Homme ou CIDH, demande alors aux autorités guatémaltèques de poursuivre les exécutants des tueries de Dos Erres et de Plan de Sanchez, puis d'indemniser les familles de victimes.
 
Il aura fallu attendre sept ans avant de voir tomber les premières sentences : quatre anciens militaires présents au village de Dos Erres au moment du massacre écopent d'une peine de 6 060 années d'emprisonnement. La condamnation constitue un signal fort envoyé par la justice guatémaltèque. Quelques mois après, cinq autres miliciens sont condamnés à 7 710 ans de détention ferme. Les chefs d'accusations retenues sont crimes contre l'humanité, crime de guerre et génocide. À ce moment précis, les militants entrevoient déjà la possibilité de poursuivre non seulement les exécutants, mais aussi les responsables et les commanditaires, parmi lesquels figurent des dirigeants locaux et d'anciens chefs militaires... comme Efrain Rios Montt.
 
Un procès emblématique, mais à l'issue incertaine
 
L'ouverture du procès d'Efrain Rios Montt, ancien général de l'armée et surtout président du Guatémala durant la période la plus sanglante de la guerre civile, apporte un vent d'espoir dans la communauté indienne et à tous les épris de justice du pays. Claudia Paz y Paz, le procureur général, se félicite même de cette procédure historique tant attendue par toutes les victimes de la guerre civile. Le déroulement du jugement ne se passe pas toutefois comme le souhaitent les défenseurs des Droits de l'homme et les communautés indigènes.
 
D'abord repoussée à une date ultérieure sur la demande des avocats de l'accusé, l'affaire a repris début 2013 dans un contexte particulièrement tendu. Beaucoup s'interrogent surtout du message envoyé par ce procès, à une époque où le Guatemala s'efforce de lutter contre la polarisation socio-culturelle du pays et réconcilier toute la population.
 
La condamnation de Rios Montt à 80 années d'emprisonnement incompressibles aurait pu entériner définitivement la responsabilité de l'ancien président dans les massacres, mais la Cour constitutionnelle en a décidé autrement. Le 20 mai 2013, soit dix jours après le jugement du tribunal, cette dernière invalide la sentence de l'ex-chef d'État. Ce rebondissement inattendu agace logiquement les associations d'indigènes et les militants des Droits de l'homme. Outre l'issue incertaine du procès, nombre de Guatémaltèques se demandent désormais si les efforts concédés ces dernières années pour rendre justice aux milliers de victimes de la guerre civile pourraient un jour aboutir à des résultats probants. Apparemment, il faudra encore attendre quelques mois, voire quelques années supplémentaires, pour y voir plus clair.
 




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