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Groenland : une vie politique au rythme des ressources naturelles



Publié par La Rédaction le 1 Octobre 2013

Le Groenland s'est fait récemment remarqué par ses élections législatives suivies par les plus grandes puissances, les États-Unis et la Chine en tête. Pourquoi les leaders du monde moderne s'intéressent-ils tant à la vie politique de cette île de seulement 57 000 habitants ? La réponse est simple : le territoire regorge d'importantes ressources naturelles susceptibles de changer la donne géopolitique de demain.



Groenland : une vie politique au rythme des ressources naturelles
Le Groenland, objet de toutes les convoitises

En juillet 2012, les scientifiques de la NASA observent, stupéfaits, la fonte record des glaciers du Groenland, la faute à un réchauffement climatique de plus en plus important dans le cercle arctique. Pendant ce temps, les plus grandes entreprises minières se frottent les mains. En effet, plusieurs entités attendent depuis longtemps une « amélioration » des conditions météorologiques et environnementales dans cette partie du globe, pour pouvoir s'y installer durablement. Ces industriels lorgnent surtout sur le riche sous-sol de ce territoire équivalent au quart des États-Unis, car le Groenland, ce n'est pas seulement une grande île recouverte de calotte glaciaire, habitée par des Inuits chasseurs de baleine et de phoques.
En dessous de ses 2 166 086 km2 se cachent en effet d'immenses réserves de pétrole, de gaz, de diamants, d'uranium et surtout de terres rares. Ces métaux très recherchés entrent dans la composition de produits de haute technologie, entre autres les smartphones, les tablettes, les super-aimants et les batteries de voitures électriques. La Chine détient le monopole commercial de ces métaux jugés stratégiques, assurant 95 % des ventes de terres rares dans le monde. L'extraction et l'exploitation de ces éléments permettraient aux firmes américaines ou européennes de concurrencer les Chinois sur leur territoire. Mais l'Empire du Milieu convoite également les gisements groenlandais. Devant tant de richesses insoupçonnées, les grandes puissances scrutent logiquement l'évolution de la situation politique de l'île.

Au Groenland, politique et mines vont de pair

Conscients de l'importance de ces richesses souterraines, les Groenlandais s'intéressent de plus en plus à la question de l'exploitation minière en politique. Le thème revient très souvent dans les débats entre les dirigeants et les partis d'opposition. L'élection législative de mars 2013 s'est même jouée sur la position des candidats sur ce sujet, estiment plusieurs observateurs. Le scrutin mettait aux prises les deux partis les plus influents de l'île, à savoir l'Inuit Ataqatigiit dirigé par le premier ministre sortant Kuupik Kleist et le Siumut. Ce dernier a récolté 43 % des voix lors des législatives et place à la tête du nouveau gouvernement groenlandais sa dirigeante, Aleqa Hammond.

Durant toute la campagne, les deux formations ont débattu sur la manière d'aborder le tournant économique entamé par la région depuis quelques années. Le parti d'extrême gauche Ataqatigiit s'inquiète avant tout des répercussions de l'exploitation minière sur les activités traditionnelles du peuple inuit. Son leader, Kuupik Kleist, ne s'oppose pas pour autant à l'ouverture du sol groenlandais aux entreprises étrangères. Premier ministre entre 2009 et mars 2013, il a même débloqué plus d'une centaine de permis d'exploration à des géants miniers américains, français, chinois, britanniques et australiens.
 
Les sociaux-démocrates de Siumut ne s'opposent pas non plus à la réorientation de l'économie groenlandaise vers l'entreprise du sous-sol. Seule différence, ils veulent taxer toutes les sociétés minières dès leur installation au Groenland, quand Kuupik Kleist, lui, préfère prélever les impôts après les premiers bénéfices des entreprises. L'élection d'Aleqa Hammond au poste de premier ministre reflète en partie le sentiment des Groenlandais face à l'intérêt grandissant des multinationales étrangères pour leur sous-sol.

Aux Groenlandais de décider...

Sur l'île, l'arrivée en nombre des multinationales du secteur minier ne rencontre presque aucune opposition. Les habitants reconnaissent volontiers l'intérêt d'attirer des investisseurs étrangers sur leurs terres. La question n'est plus de savoir s'ils laisseront ou non les sociétés étrangères exploiter leur sous-sol, mais plutôt de connaître combien ces firmes vont rapporter. Les Groenlandais ne braderont pas pour autant leurs ressources et comptent bien limiter le pouvoir des géants miniers sur leur territoire. Car depuis 2009, la région est entièrement autonome vis-à-vis du Danemark sur certains sujets, dont la gestion des mines. Développer ce secteur permettrait à l'île de diversifier ses sources de revenus, encore essentiellement tournés autour de la pêche et des activités marines. Les locaux se méfient toutefois des répercussions de l'exploitation minière sur leur vie politique d'abord, puis sur l'environnement et la biodiversité de la région.

Leur décision d'introniser Aleqa Hammond, plus dure et plus mesurée envers les multinationales étrangères, témoigne de leur volonté de garder le contrôle sur cette activité stratégique. Les Groenlandais ne seront néanmoins pas à l'abri d'un faux pas de leurs décisionnaires, qui eux, vont connaître la dure réalité des campagnes de lobbying des compagnies minières et des puissances étrangères. Depuis la mini-séparation avec le Royaume du Danemark, les plus grandes décisions économiques du Groenland sont assurées par 4 maires, 31 députés, 9 ministres et un seul premier ministre. Soit 44 personnes, aux mains desquelles repose l'avenir politique et économique d'une île de 57 000 habitants... et de la balance géostratégique entre les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon et l'Union européenne.
 




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