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Entre tradition et développement, l'Égypte explore de nouvelles pistes de relance



Publié par La Rédaction le 30 Avril 2013

Dans un contexte où le printemps arabe perdure et où les islamistes sont revenus au pouvoir dans les pays nord-africains, les questions relatives à la finance islamique sont de nouveau d'actualité. Alternative au système financier classique, la finance islamique pourrait bien s'imposer dans les pays du nord de l’Afrique, où le taux de bancarisation est très faible, pour des raisons religieuses notamment. L'Égypte étant le pays où la finance islamique est la plus développée, ce type de finance pourrait bien s'imposer rapidement dans le pays, mais aussi s'étendre à ses pays voisins.



La place Tahrir au Caire en février 2011 (source : Wikimedia.org)
La place Tahrir au Caire en février 2011 (source : Wikimedia.org)
Quelles pistes de développement pour l’Égypte et les autres pays nord-africains ?

Après les évènements du printemps arabe qui ont secoué les pays musulmans, et avec l’arrivée des islamistes au pouvoir au Caire et à Rabat, les pays nord-africains se penchent aujourd’hui de nouveau, sur le potentiel de la finance islamique. Déjà bien ancrée dans les pays d’Asie du Sud-est et dans les pays du Golf, cette forme de finance s’est très peu développée en Afrique du Nord, où la communauté musulmane est pourtant présente. Mais face au potentiel du marché financier de ces pays, estimé à plus de 1 400 milliards de dollars par l’agence Standard & Poor's, l’Égypte, le Maroc ou encore la Tunisie, se laissent bercer par l’espoir de devenir de puissants acteurs de la finance mondiale. Mais pas sur le modèle d’une finance comme nous la connaissons, car elle est largement rejetée par les populations de ces pays. En effet, la charia considère la finance traditionnelle comme immorale, et la très grande majorité de la population des pays d’Afrique du Nord, très pieuse, n’a donc pas de compte bancaire pour cette seule raison. La finance islamique représente ainsi une opportunité pour développer la finance de ces pays et leur économie, et ce, sans aller contre la religion, car la finance islamique prend racine dans la Charia.

La finance islamique : une piste de développement privilégiée

Rejetant la spéculation, et se basant davantage sur des principes moraux que sur une logique juridique, la finance islamique offre un potentiel de développement énorme aux pays nord-africains. En effet, dans la mesure où ce type de finance est promu auprès du grand public, la population pourrait être plus favorable à placer son argent dans des banques. Ce qui admettrait une plus grande stabilité financière pour ces pays, et une meilleure répartition des risques, puisque les banques pourraient élargir leurs bases de dépôts. L’approche financière islamique étant basée sur des aspects moraux, l’économie globale profiterait directement de l’augmentation du taux de bancarisation. En effet, les fonds gérés par les banques islamiques ne peuvent servir des projets spéculatifs, et sont essentiellement utilisés pour des investissements qui impactent directement l’économie réelle. Mais en privilégiant une approche morale, la cadre juridique n’a pas beaucoup évolué durant ces dernières années, ainsi que les produits financiers que propose la finance islamique. Les autorités des pays nord-africains la remettent donc au goût du jour, justement pour en améliorer le cadre juridique. Mais les freins ne sont pas seulement juridiques, car au niveau moral, la charia impose une multitude d’interdictions qui pourraient bien empêcher la finance islamique de se développer.

Entre principes moraux et exigences de marché, un compromis reste à trouver

Interdisant la majorité des pratiques de la finance traditionnelle, la finance islamique manque de flexibilité pour devenir un marché à part entière, porteur d'une économie stable et pérenne. Parmi les éléments qui freinent le développement de ce marché financier, on retrouve un processus long et complexe dans la création de produits financiers. En effet, avant d'être mis sur le marché, un produit financier doit d'abord passer par un conseil de conformité éthique. Ce dernier vérifie que le produit proposé par le conseil d'administration d'une banque ne va pas à l'encontre de la charia, et décide alors de valider ou pas le produit en question. Ce produit est ensuite soumis à une batterie de tests et de filtrages, avant d’être effectivement mis sur le marché. D’autre part, avec des interdictions morales telles que le dumping commercial, la spéculation, la thésaurisation, ou encore le recours à l'intérêt, les produits financiers typiquement islamiques se font d’autant plus rares. Résultats, les établissements de finance islamique proposent des produits souvent similaires à la finance traditionnelle. Des produits revisités, pour être en accord avec la charia, mais qui restent de vagues copies, inappropriées aux besoins des musulmans. Cela témoigne d’une certaine incompatibilité de la charia, avec les exigences des marchés financiers internationaux. Or, le marché financier des pays nord-africains, dans lequel les devises étrangères pèsent lourd, ne peut se développer en totale indépendance avec les marchés internationaux. D’où l’importance de revoir le cadre juridique de la finance islamique. Pourtant, ce sont ces mêmes interdictions morales qui permettraient à la finance islamique de s’imposer comme une alternative à la finance classique. Certains émettent même l’hypothèse qu’elle pourrait s’y substituer.

La finance islamique comme outils anticrise

La crise de 2008 est apparue aussi subitement que violemment, et a révélé les limites de l'extrême financiarisation. Les citoyens de la plupart des pays tiennent désormais la finance pour responsable de leur situation, tandis que les politiques se sont eux aussi rendu compte que le modèle de la finance traditionnelle manquait cruellement de morale. C'est donc sur ce point que la finance islamique apparait aux yeux de certains spécialistes, comme une solution adéquate pour moraliser les marchés financiers, et protéger les économies. En effet, le mode islamique finance l'économie, et en aucun cas, ne permet de mettre en danger l’intégrité humaine à travers des investissements à risque. Mais si l’on parle beaucoup de la doctrine financière islamique aujourd’hui, son émergence sur la scène internationale risque de prendre beaucoup de temps. D’une part, le terme générique « islamique » renvoie pour beaucoup à la notion de terrorisme. D'autre part, les géants de la finance classique savent que la finance islamique peut être plus qu’une simple alternative, mais bien un substitue au modèle traditionnel. La stigmatisation du terme finance islamique est donc une arme que les financiers utilisent beaucoup contre ce type de finance, et les médias quant à eux n’hésitent pas à en rajouter. Il n’en demeure pas moins que d’un point de vu morale, la finance islamique représente bel et bien un remède contres les crises financières. Tâche aux pays nord-africains de trouver les bons compromis, et d’investir davantage en R&D dans ce secteur, pour créer des produits financiers aussi compétitifs que moraux.




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