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Domestiquer la foudre : du bon sens et de la technique



Publié par La Rédaction le 28 Mai 2014

Dompter la foudre est un rêve qui a toujours fasciné les hommes. Mais encore aujourd’hui, ce phénomène physique naturel est généralement subi. Anciennement vue comme une manifestation de la colère divine, la foudre conserve dans ses effets un petit air de châtiment du ciel. Mais il est désormais possible de se prémunir contre ses conséquences, à condition de comprendre ses caprices. A quand la domestication de la foudre ?



Maîtrise scientifique de la foudre

La foudre, à l’inverse d’autres phénomènes naturels, ne possède pas de science dédiée à part entière comme la sismologie ou la volcanologie. Il n’existe pas non plus de bureau de surveillance pour prévenir ce type d’évènement quasi-erratique, tel le bureau central de sismologie français. Et il n’existe pas d’échelles de mesure d’intensité des dégâts ou de force naturelle de la foudre comme l’effectuent pour les séismes les échelles de Mercalli et Richter.

Cependant, il existe un laboratoire de recherche sur la foudre, en Auvergne, dans un endroit particulièrement propice aux orages. L’équipe de recherche n’est pas pour autant composée de « foudrologues », puisque, tout simplement, cela n’existe pas. En effet, la recherche sur la foudre n’existe que par le croisement de disciplines, souvent indépendantes les unes des autres : astrophysique, physique, chimie des matériaux, géologie, botanique… Unique en Europe, ce laboratoire mène en parallèle de nombreux programmes de recherche sur la prévention du risque foudre, aux côtés des industriels du secteur électrique qui mène de leur côté d’autres programmes pour la protection des installations sensibles.

Comprendre pour se prémunir

D.R.
D.R.
Au sein des laboratoires de recherche fondamentale, l’objectif qui exige bon sens et jus de cervelle est de comprendre et maîtriser la puissance des éclairs. De son côté, l’approche technique et industrielle de la domestication de la foudre a pour but d’anticiper les problèmes engendrés par un phénomène naturel aussi puissant qu’insaisissable, et de prévenir les conséquences du phénomène : dégâts électriques, surtensions, voire incendies et explosions.

Le site énergie-foudre recense ainsi 17 000 incendies dus à la foudre par an, et plusieurs catastrophes industrielles dues à la foudre comme l’explosion de l'usine Cégédur-Péchiney, en mars 1986, ou celle du pétrolier Princesse Irène en août 1972. Le risque est donc bien réel. Sans plan de prévention approprié, toute entreprise peut faire l’objet une fermeture éclair après le passage de la foudre. D’où la nécessité de prendre du temps pour se parer contre un « phénomène naturel, universel et permanent ».

Mise à part météo-France, la surveillance des orages n’est assurée par personne : aucun institut indépendant, ni échelle de danger en fonction des conditions météo, à l’instar de ce qui se fait pour les tempêtes. Pour répondre activement aux caprices de la météo, des normes récentes sont donc entrées en vigueur, en termes de prévention des installations aussi bien pour les particuliers que pour les professionnels. Si en cas de catastrophe, ce sont les pompiers, la police et les préfets qui agissent, avec le plan OrSec notamment, le mieux reste encore de se prémunir contre cet aléa climatique. Pour prévenir des catastrophes évitables, le label Qualifoudre a donc été créé. Les professionnels certifiés sont évalués sur la qualité des analyses et des protections contre la foudre. Ce label technique a constitué déjà une véritable avancée. Et les industriels du secteur se sont approprié la démarche.

Le programme de recherche et développement d’EDF a ainsi lancé depuis de nombreuses années des études de protection contre la foudre. Labellisés Qualifoudre par l’Institut nationale de l'environnement industriel et des risques (INERIS), le département R&D d’EDF s’est notamment chargé de diagnostiquer et protéger l’ensemble du parc électronucléaire français. Titulaire du même label, Cofely Ineo propose de son côté aux entreprise et aux industriels ses solutions Paraton’X, reposant sur les derniers développements connus en matière de protection électrique. L’intérêt de la démarche tient tout d’abord à la structure de l’entreprise : très décentralisée, elle dispose de nombreuses équipes de terrain dans toute la France, prêtes à intervenir en délais contraints. Mais compte tenu de ses spécialités en génie électrique, les équipes du leader du secteur sont régulièrement en première ligne pour constater et réparer les dégâts liés à la foudre.

D’autres industriels se sont spécialisés selon les types d’installation : Siemens sécurise contre la foudre les installations haute-tension. ABB s’occupe préférentiellement des basses tensions, après avoir revendu son activité moyenne tension à Alstom. Cofely-Ineo a de son côté construit un réseau de proximité, pour prévenir et agir sur l’ensemble du spectre. Mais tous ont à l’esprit les conséquences potentiellement dramatiques en cas d’événements liés à la foudre. 

Des bilans humains et matériels souvent considérables

Il suffit de consulter l’historique des dégâts liés à la foudre recensés sur la base publique ARIA (Analyse Recherche et Information sur les Accidents), le constat est explicite. Les exemples de la catastrophe de Saint-Avold (Moselle) du 24 juin 2005 ou de Mardyck  le 09 juillet 2007, sont devenus des cas d’école d’enchaînements malheureux : dans les deux cas la foudre est l’origine des sinistres, avec pour conséquences des pollutions de l’air et des sols, des destructions de biens, et même des décès.

Dans les deux cas, la prévention n’était pas optimale du fait de la complexité des sites, de l’activité et d’une minimisation du risque foudre. En premier lieu, il faut donc responsabiliser les personnes et les décideurs politiques et encourager ceux qui souhaitent se prémunir. L’orage et la foudre sont certes des spectacles naturels incroyables, mais il faut garder à l’esprit qu’ils font aussi plusieurs dizaines de morts chaque année en France.




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